Le Dilettante - Librairie & Editions Mars... et ça repart

Après Produits d'entretiens ( Finitude, 2005 ), Raphaël Sorin est de retour avec 21 irréductibles ( Finitude, 2009 ), entretiens avec Marc Bernard, Louis Calaferte, Elias Canetti, André Fraigneau, Bernard Frank, Edmond Jabès, Georges Simenon, etc.
À l'occasion de cette nouvelle parution, venez débattre avec lui et ensuite arroser ça le jeudi 5 mars à 18 h 30 précises à la librairie Le Dilettante, 19, rue Racine, Paris VIe.

Le Salon du livre de Paris ouvre ses portes du 12 au 18 mars au parc des expositions de la porte de Versailles...
Si vous avez envie de nous rendre visiste, rendez-vous sur le stand G42..
C’est Vialatte, en exergue, qui ouvre le bal et donne le ton : solitaire enfance nez-en-l’air et pailletée de magie propice, d’épopées à construire soi-même et de songes aussi creux que l’arbre aux fées. Angèle porte bien son nom : fille, entre ciel et
terre, de Français basés en Afrique, adonnée, entre le boy De Gaulle et la chienne Béribéri, à titiller les sensitives, scruter au télescope le cosmos étoilé ou la vie des voisins, elle voit un beau jour un autre ange la rejoindre. Celui-ci descend du
courrier postal et se nomme Gloria, fillette africaine que viennent d’adopter ses parents. Vite, le conflit s’ouvre, s’affirme « le plaisir de se détester ». Enjeux parmi d’autres : la boîte à gâteaux ou le fauteuil de lecture ; blitzkrieg faite de confiture glissée dans les chaussons et de rosseries futées. Mais c’est la cure magique d’une providentielle panne d’inspiration de Georges Dufresnes, le père, qui servira à « enterrer la hache de guerre » et à nouer entre les deux gamines un pacte fantasque,
fait de magie pratique et de travaux manuels. Petit troc de sortilèges qui n’arrivera pas à rendre son cliquetis à la machine à écrire paternelle. Anne Lenner nous tend pour goûter un ultime Fruit du Congo. À mordre sans crainte.

Jouissant pleinement d’être « en bonne compagnie », André Fraigneau invente sous nos yeux un nouveau temps grammatical : le passé présent, dit encore le « présent du subjectif ». Il fait de la mémoire un sport d’équipe, une aventure commune qui incarne tout un art de renouer, de revivre : il faut être deux pour se souvenir. Loin de la remembrance pesante, il s’agit de reviviscence : pas de sonnerie aux morts, mais l’indomptable jazz-band du souvenir ou le crépitement
d’épinette des petits moments élus revenus gratter à la vitre. Les morts jaillissent sous nos yeux comme foulards hors de la manche ; la présence des vivants se concentre. Voici Anna de Noailles, loquace et crépusculaire, Christian Bérard, bordéliquement chimérique, Brasillach pour le bras dessus, bras
dessous de toute une vie, Dior célébrant la messe pontificale d’une nouvelle collection, Cocteau-ci, Cocteau-là, Morand for ever, Radiguet radieux, Nimier. D’ondoyants croquis d’un seul
trait que croise une visite aux mannes mexicaines de D.H. Lawrence ou à l’atelier d’Henri Sauguet. Fraigneau ne monte pas en chaire, ni ne polit sa boule de cristal, « abstracteur de quintessence » ; il se contente de fermer les yeux et de laisser
monter vers lui le passé comme un parfum. Pas d’absence, rien que d’invisibles présences traduites par le clavecin d’un style tout à tour sec et foisonnant.

                                                                                           Amandine Maudet, service de presse
                                                                                  presse@ledilettante.com / Tel : 01 43 37 05 91