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Jouissant pleinement d’être « en bonne compagnie », André Fraigneau invente
sous nos yeux un nouveau temps grammatical : le passé
présent, dit encore le « présent du subjectif
». Il fait de la mémoire un sport d’équipe,
une aventure commune qui incarne tout un art de renouer, de revivre :
il faut être deux pour se souvenir. Loin de la remembrance
pesante, il s’agit de reviviscence : pas de sonnerie aux morts,
mais l’indomptable jazz-band du souvenir ou le crépitement
d’épinette des petits moments élus revenus gratter
à la vitre. Les morts jaillissent sous nos yeux comme foulards
hors de la manche ; la présence des vivants se concentre. Voici Anna de Noailles, loquace et crépusculaire, Christian Bérard, bordéliquement chimérique, Brasillach pour le bras dessus, bras
dessous de toute une vie, Dior célébrant la messe pontificale d’une nouvelle collection, Cocteau-ci, Cocteau-là, Morand for ever, Radiguet radieux, Nimier. D’ondoyants croquis d’un seul
trait que croise une visite aux mannes mexicaines de D.H. Lawrence ou à l’atelier d’Henri Sauguet. Fraigneau
ne monte pas en chaire, ni ne polit sa boule de cristal, «
abstracteur de quintessence » ; il se contente de fermer les yeux
et de laisser
monter vers lui le passé comme un parfum. Pas d’absence,
rien que d’invisibles présences traduites par le clavecin
d’un style tout à tour sec et foisonnant.
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