
Genre :
Anticipation
/ Roman
ISBN : 2-84263-012-2
Année de parution : novembre 1997
Nombre de pages : 208
Format : 12x18 cm
Couverture : Anne-Marie Adda
Prix : 15,09€
Publié en 1950 par Robert Marin, La Ville incertaine est un livre maudit, écrit sous l’Occupation par un auteur inconnu, car malgré quelques critiques le livre passera inaperçu. Pourtant, dans un entretien, André Breton, déjà, invitait à sa lecture.
"L'œuvre de Paroutaud est un de ces lieux écartés de la littérature où, dans une tonalité à la Buzzati ou à la Michaux, s'ouvrent les fentes du temps, dérape le réel. Ici, la ville de Paroutaud est illogique, mouvante, improbable ; Ranède y débarque un jour, comme ça, fugueur et fiévreux. La ville l'accueille, comme ça, l'air de rien. Et puis, lentement, tout dérive et il comprend. La ville n'a pas de sens, ou plutôt tous les sens, la ville change de sens comme de chemise, de règles et de lois comme de date au calendrier. Rien ne s'y conserve si ce n'est le perpétuel changement des règles à un jeu qui porte la mort en récompense. Et Ranède, de femmes en lieux, de codes en marches et contretemps, se fait lentement désorienter, malmener et broyer. Paroutaud fait le vide comme d'autres la fête, ne livre pas un récit à son lecteur mais livrerait bien plutôt son lecteur en pâture à un récit qui le gobe tout cru et l'annule avec minutie. Une machine à démonter le temps, une superbe table de désorientation."
« Quelle vie merveilleuse, tellement libre de faire ce qu’il vous plaît, mais aussi : insécurité totale, et même après vos actions. Ainsi je pourrais vous tuer ou bien là, sous menace, vous obliger à céder aux désirs de ma femme, devant mes yeux. Rien ne prouve en effet que le meurtre soit aujourd’hui interdit, l’autre chose de même. Sans compter qu’une action n’est pas forcément publique. […]
– Oui, mais ce sont les seuls, il n’y a pas de Police ici comme vous l’entendez. Pour quoi faire ? Tout est permis en général, je vous l’ai dit, sauf Lois particulières et variables, je vous l’ai dit aussi.
– Et il n’y a pas…
– Pas plus de crimes qu’ailleurs ou de délits. Non, à peu près autant, paraît-il. »
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Peu de romans ont su traiter aussi bien de l'absurdité de la condition humaine, et moins encore de cette façon originale, en gauchissant seulement quelques aspects de notre civilisation: la prolifération des règlements poussée ici jusqu'au vertige, la mécanisation abêtissante, l'utilisation sociale du spectacle avec ces effarants concours de saut dont Paroutaud ne nous épargne rien. La Ville incertaine n'a rien perdu de sa force cauchemardesque.
Jacques Baudou, Le Monde des livres.